Portrait #7 : Jean-Baptiste Ancelot, globe-trotter des vins du monde

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A l’image du personnage, mon dernier échange avec Jean-Baptiste s’est déroulé par Skype…depuis le Kazakhstan ! Voilà un explorateur des terroirs inconnus qui méritait bien un rendez-vous sur le blog.

Découvrez son aventure « WINE Explorers » aux dimensions XXL : 3 ans de voyage, 92 pays explorés, 250 régions viticoles ciblées, 1 500 vignobles arpentés, et plus de 15 000 vins dégustés !

 

Jean-Baptiste, qui es-tu en quelques mots ?

Je suis un pur produit Picard, avec à la base aucune attache familiale dans le vin. Ma passion s’est affirmée progressivement au fil de mes études avec notamment un MBA management et marketing du vin à l’INSEEC Bordeaux. J’ai fait des stages en Suisse puis à Hong-Kong. Mon premier job a été un VIE sur New York pour la maison Chapoutier où j’étais Brand Ambassador. Retour ensuite en France, dans ta belle Vallée du Rhône Sébastien, à Tain l’Hermitage pour la Direction export de Ferraton Père & Fils.

Avec le recul, je me rends compte que la Syrah est un vrai bijou de notre patrimoine viticole. Sur des terroirs de granit, on arrive à des choses qui dépassent tout simplement l’entendement et à des prix très raisonnables… Pour moi, les St Joseph du « sud » (Tournon, Mauves) sont des vins de philosophes !

Je referme la parenthèse mais au fil de mes expériences, je me suis rendu compte qu’on parlait toujours de la même vingtaine de pays producteurs dans le monde. J’ai trouvé ça curieux et en faisant des recherches, j’ai dénombré près d’une centaine de pays ! 80% du vin produit sur la planète est ainsi passé sous silence…

 

Et comment t’es-tu organisé pour réaliser ce tour du monde des vignobles ?

J’ai démissionné en 2013 pour monter le projet qui est effectif depuis janvier 2014. Le Kazakhstan est aujourd’hui le 16ème pays visité depuis le début de l’année ! J’ai un partenaire d’aventures : Ludovic Pollet. Cameraman et photographe, il contribue à toute la partie visuelle du projet. Il apporte aussi un œil neuf sur le vin car il n’est pas connaisseur du sujet à l’origine.

Nous avons aussi 2 amis en France (Amandine Fabre et Stéphane Diné) qui se chargent de réceptionner pour nous les échantillons que l’on dégustera plus tard. Au final, le projet mobilise une équipe de 4 personnes.

On répertorie tout ce qu’on déguste, et on essaye de comprendre comment jouer sur les facteurs chaleur, altitude, humidité, etc. pour faire du vin. Jean-Robert Pitte, professeur à la Sorbonne, disait dans l’un de ses livres que la vigne est la plante la plus ubiquite qui soit. Elle peut pousser quasiment partout dans le monde : on la retrouve très au nord jusqu’au Danemark ou en Suède, au niveau de l’Equateur mais aussi très au Sud en Tasmanie ou en Nouvelle-Zélande.

Ludovic et Jean-Baptiste
Ludovic et Jean-Baptiste

 

C’est quand même dingue…Au fond, quelle est la raison d’être de ce projet ?

Il y a dans le monde près de 100 pays qui font du vin. Je me suis dit que l’information méritait d’être partagée ! On a surtout besoin d’une vision beaucoup plus globale de ce qu’est réellement le monde du vin au 21ème siècle. Le plus simple et le plus cohérent pour cela est d’aller directement chez ces vignerons du bout du monde auquel on n’a pas toujours accès. Bien souvent, leur production est consommée localement ou se limitera aux pays limitrophes. Je pense notamment à tous ces pays producteurs de l’Asie centrale qui mériteraient d’être davantage connus.

Alors bien sûr, on est obligé de faire des sélections car il faudrait au moins 4 générations pour voir tout le monde ! Mais l’idée est d’avoir le panel le plus représentatif possible entre des acteurs de petites tailles et des structures aux moyens plus conséquents. Visiter des pays connus comme pas du tout facilite également les comparaisons.

Un exemple avec les Etats-Unis. Tout le monde me demande si je me rendrai en Californie. Bien évidemment que non car des journalistes talentueux ont déjà traité le sujet sous de nombreux aspects. Nous allons nous focaliser plutôt sur les états du Nouveau Mexique, de l’Utah et du Texas. En fait, 50 des 51 états des USA font du vin !

De quoi vis-tu ? As-tu un modèle économique ?

L’idée n’est pas de gagner de l’argent, mais uniquement de rentrer dans les frais engagés. Grâce à des partenariats, nous n’avons pas d’argent à avancer personnellement. Nous publions des articles en France auprès du Figaro Vin et pour l’international auprès de Drinks Business. Tout ce travail éditorial permet de rencontrer de nouveaux partenaires et d’autofinancer le projet.

La société bordelaise de négoce Videlot a été notre partenaire dès le départ : son PDG Jean Moueix est un ami et est le parrain du projet. Son ouverture sur le monde et son approche très terre a terre avec le vin m’ont beaucoup inspiré. Citons également la société Diam bouchage, n°2 des bouchons dans le monde, et le transporteur DB Schenker qui nous rapatrie en France les échantillons partout dans le monde. C’est un travail de collecte incroyable !

Aurais-tu 1 anecdote sympa à nous partager ?

Un truc très drôle en Corée du Sud où les vignerons ne parlent…que le coréen ! Impossible de communiquer avec eux, même en anglais. Nous sommes passés par le langage des signes et cela a fonctionné ! On a réussi à comprendre ce qu’il y a dans la bouteille, ou encore le millésime qui n’est pas toujours mentionné. C’était vraiment épique mais on est tombé sur des gens au cœur énorme qui nous ont reçu et invité à manger chez eux. Le monde du vin explose toutes les frontières !

Jean-Baptiste, au Domaine Grand Coteau en Corée du Sud
Jean-Baptiste, au Domaine Grand Coteau en Corée du Sud


Et ta principale peine après 8 mois de pérégrinations ?

Aucune ! Il n’y a que celui qui se projette qui risque d’être déçu. J’essaye de vivre l’instant présent et ce n’est déjà pas si simple. Le projet nécessite une grande souplesse entre 3 dimensions spatio-temporelles simultanées : 1 – comprendre la culture et le vin du pays actuel, 2- reprendre les notes et écrire sur le pays précédent, et 3- programmer les visites des prochains pays au programme.

Ainsi, on se laisse porter par de belles surprises sur place : des vignes qui ont littéralement les pieds dans le sable en Namibie, une dégustation au milieu des girafes dans le Zimbabwe, ou encore un accueil extraordinaire au Japon ou à Taiwan. La similitude entres les terroirs des grands thés et des grands vins dans cette partie du monde est fabuleuse !

 

Et après dans 3 ans ?

Les idées ne manquent pas, d’autres germeront encore pendant le projet. Déjà 5 ou 6 ouvrages en perspective tant la matière ne manque pas ! Et je compte bien continuer à consacrer une partie de ma vie à tous les vins du monde : importation de vins les plus inconnus, recherche de nouveaux terroirs où planter la vigne, etc.

Retrouvez les aventures de Jean-Baptiste et de son acolyte Ludovic sur le site de Wine Explorers : http://www.wine-explorers.net/
Retrouvez les aventures de Jean-Baptiste et de son acolyte Ludovic sur le site de Wine Explorers : www.wine-explorers.net

 

Et maintenant la boîte à questions de Jean-Baptiste, en terroir inconnu…

 

8 questions que je pose à chacun de mes portraits. 

Ta devise ?Ouvrir toujours plus de bouteilles et les partager avec un maximum d’amis !
Ton modèle ?Émile Peynaud, le père de l'œnologie moderne.
Ta principale source d’agacement ?La vie est trop courte : je n’aurai jamais le temps de rencontrer tous les vignerons du monde…
Ton meilleur souvenir de dégustation ?Un Lo Abarca 2003 de Casa Marin. C’est un petit domaine chilien qui fait un des meilleurs pinot noir du nouveau monde.
Ta chanson préférée après quelques verres ?Tout le répertoire de The Cure !
Ton mot pour qualifier les vins de la Vallée du Rhône ?Une pureté extraordinaire, tout en dentelle…
Ta vision de ces vins dans 15 ans ?Ils vont exploser ! La Vallée du Rhône sera la région qu’on regardera tous demain avec beaucoup d’attention.
Ton souhait le plus cher ?
Savoir parler toutes les langues du monde pour n’avoir plus aucune barrière avec les vignerons de la planète….

3 Responses

  1. ah, ces Picards…..
    ils arpentent toutes les contrées, même les plus lointaines, à l’image de Jean Baptiste.
    Un explorateur, un vrai. Je me fais déjà un plaisir de découvrir son prochain ouvrage, surtout, faites le nous savoir par l’intermédiaire du blog de mon ami Séb.
    Rendez vous en terroir inconnu n’a jamais si bien porté son nom.
    Bravo à vous tous pour cette délectation.
    Didier

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